Vendredi 15 avril 2016 à 2:53

Petit con. Tu te rends compte à quel point tu es lâche ? A quel point je l'ai pris en pleine gueule au bout de dix ans ? C'est long dix ans.
Alors, si tu n'es pas foutu de bouger ton petit cul musclé d'ancien footballer pour quelqu'un juste parce que tu as la trouille de te tromper et de souffrir de t'être trompé, tant pis. J'peux pas te faire pousser des burnes par l'opération du Saint Esprit.
Mais, reste donc dans ton monde de bisounours. Reste donc dans un monde sans vrais problèmes qui font mal. Reste donc dans ta pièce sans fin entièrement recouverte de mousse bien molle pour amortir les chocs. Les chocs, tu sais, ces blessures qu'on fait en se cognant. Tu te cognes jamais toi. Tu te cognes jamais parce que tu fais méticuleusement attention à ne surtout pas avoir d'angle sur ton parcours. Tu n'admets personne sur ton parcours. Ben non, parce qu'elle pourrait amener des angles avec elle, la salope. 
Alors vas te faire foutre. J'ai juste plus de temps à perdre avec quelqu'un comme toi. J'ai juste plus de place pour les gens dépourvu de tout sens de l'aventure, dépourvu de toute ambition. J'ai juste plus d'espace pour les gens qui ont tout le temps la trouille. Ca me casse les couille d'avoir la trouille et de rester figée. Reste bien avec ta trouille légendaire, moi je saute et on verra si je m'écrase en arrivant. Et tu sais la meilleure dans l'histoire ? Même si je m'écrase, j'me relèverai parce que j'me laisserai jamais couler. C'est ça qu'il faut faire, trou d'balle. Mais, vas-y, reste bien dans ta tour molletonnée, moi, c'que j'en dis. J'ai pas la science infuse, tu sais. J'ai juste pigé, à un moment donné de ma vie, que justement j'en avais qu'une. 

Vendredi 15 avril 2016 à 2:24

  Tu ne viendras jamais. Je le sais, je l'ai compris, enfin. Tu ne viendras jamais. Je ne t'aurais jamais parce que tu as trop peur de souffrir. Tu as trop peur parce que venir voudrait dire qu'on peut se louper. Venir veut dire que ça pourrait ne pas fonctionner. Et tu as trop peur que ça ne fonctionne pas, de souffrir, de revenir chez toi avec un échec sur les bras. Tu es incapable de te lancer et de lâcher prise. Tu es incapable de lâcher prise. Tu es incapable de simplement te dire que la vie c'est ça : prendre des risques parfois. Tu ne sais pas te laisser aller dans l'inconnu même si ça fou la trouille. Tu as trop peur, et pour cela, tu ne viendras pas.  

Je ne peux pas t'attendre plus longtemps, tu sais. C'était une très belle semaine, tu sais. Une semaine parfaite pour une dernière danse ensemble. C'était une semaine riche. J'ai découvert ton nouveau chez-toi, tout ton entourage, ton travail, tes habitudes de vie que j'aurais aimé partager. C'était bien. C'était vraiment bien. C'était une très belle semaine pour se dire au revoir. Et j'ai bien senti que tu me disais au revoir ce lundi matin.

 Maintenant il faut que j'ose venir te parler, pour te dire que c'est terminé. Il faut que j'ose mettre un terme à ces dix dernières années. Il faut que tu acceptes que c'est fini, que tu as fais un choix. Il faut que tu acceptes ton choix, que tu assumes ton choix. Il faut que tu me laisses m'en aller, que tu me laisses partir. Il faut que tu me laisses te désaimer. Il faut que j'apprenne à te désaimer. Il faut qu'on garde en tête ces dix belles dernières années, cette dernière semaine ensemble parce que c'est ça qui est beau. Il faut qu'on garde tout ça dans un coin de notre tête. Mais il faut qu'on arrête d'entretenir l'inexistant. Il faut qu'on arrête de faire semblant.

Tu sais à quel point c'est difficile de faire ça, à quel point ça me brise le cœur. J'espère que tu le sais. C'est extrêmement difficile, parce qu'on en a vécu des choses en dix ans : de nos fous-rires aux larmes en passant par nos coups de gueule, nos ras-le-bol mutuels. Mais je n'oublie rien, sois-en sur. Je n'oublie pas ces moments importants parce que vrais. Je n'oublie pas notre aparté à côté d'Orléans sur ce trottoir et ces cigarettes. Je n'oublie pas notre superbe reprise de Renaud à la guitare, complètement alcoolisés. Je n'oublie pas nos nombreuses siestes sur le canapé du bureau, ces moments à rire avec Mike, ces têtes de déterrés avec Tristan et notre cachet de Citrate de Betaïne. Je n'oublie pas notre apéro de bobo avec Adèle et notre longue discussion tous les trois. Je n'oublie pas tout ce qu'on s'y est avoué sur Romaric. Je n'oublie pas les vannes sur le blond et les rires sur la jalousie inutile de Marine. Les longs trajets en bus à faire les gogoles et à refaire le monde. Les discussions sur l'oreiller qui finissaient tard, les cuites, la bouffe, étendre le linge en dansant sur Maitre Gims, le sexe, les mots doux, le fou-rire aux larmes du dimanche après-midi, la gêne de passer notre première nuit ensemble, foutre en l'air nos couples respectifs lorsqu'on avait dix-huit ans parce qu'on ne pouvait pas s'effacer, notre reprise au ukulele de la chanson « DJ » de Diam's, apprendre le langage des signes, les moments où tu ne tiens pas assis sur une chaise plus de trente secondes, le concert et les groupies, ta twingo légendaire... Je n'oublie pas ces dix dernières années, c'est promis.

Mais, voilà, aujourd'hui je ne t'attendrai plus parce que tu ne viendras pas.

Il faut que j'ai le droit de penser à lui sans remord, par exemple. Il faut que, si quelque chose est possible avec lui, j'ai le droit de partir. Il faut que je puisse te le présenter un jour, te dire à quel point il est drôle, gentil, attentionné. Il faut que je puisse te dire à quel point il me faire rire aux larmes, à quel point la vie est douce à ses côtés. Que son métier me passionne, que j'adore flâner des heures avec lui au milieu de la nuit dans les rues de Paris. Que j'aime quand en passant dans un quartier on fini par y rester des heures parce qu'il me raconte toute son histoire géopolitique et sociale. Que j'aime quand il m'apporte un thé au réveil, quand il commande une seule et unique pizza mi-tartiflette-mi-quatre-fromage, quand on se rappelle en riant toutes les conneries qu'on a pu faire ensemble quand on avait treize ans.

 

Sais-tu par exemple qu'à quatorze ans j'ai passé plus de deux heures à lui retirer de la pâte à crêpe au ketchup qu'il avait dans les cheveux, parce qu'on en avait fait une bataille géante pour fêter la fin du brevet des collèges ? Sais-tu que je suis une des seules personnes à savoir qu'après cela, il a mit le feu à son carnet de correspondance avec des amis sur une péniche et qu'elle a prit feu elle aussi ? Sais-tu que j'ai passé une soirée chez lui hors du temps : un début de soirée dans une grotte prêt de Lyon qu'on squattait à l'époque pour fumer et boire tranquillement. Une fin de soirée dans sa colocation à fumer, boire, manger n'importe quoi pendant qu'un mec tatouait un autre sur la table de la cuisine ? J'ai appris il y a peu que ce mec l'avait tatoué aussi, un autre jour, sur cette même table. Sais-tu qu'on ne se serait jamais parlé s'il ne m'avait pas demandé un chewing-gum et un efferalgan à la frontière italienne ? Sais-tu que sa technique de drague avec moi a toujours été la même et bien naze? A savoir s'asseoir à côté de moi, se rapprocher, et, avec la discrétion d'un cambrioleur dans une bijouterie, passer son bras autour de moi ? Et que ça l'a fait éclater de rire quand je lui ai avoué que je le savais, parce que c'est d'un ridicule sans fin et qu'il ne s'en était même pas rendu compte.

Tu sais, ça fait si longtemps qu'on se connait lui et moi. Et tu sais, lui, je sais que s'il vient, lui, j'aimerais te raconter tout ça. Il faut qu'un jour je puisse lui dire à quel point je l'aime sans que tu sois là, derrière mon épaule.

Sais-tu que même moi, je l'ai fais éclater de rire des dizaines de fois ? Moi ! Je ne savais même pas que je pouvais faire rire autant quelqu'un. Il était plié, t'aurais vu ça. Ou bien peut être qu'il est con quand il est avec moi. C'est tout de même très plaisant, quand quelqu'un est con avec soit. Tu sais bien comme c'est révélateur aussi, d'être con avec quelqu'un. Ca sous-entend que des barrières sont tombées, qu'on lâche prise, que cette personne nous rend tout débile, nous diverti, nous détend. Je pense que les gens qui nous font cet effet sont rares. Nos amis très proches nous font cet effet, souvent. Et pour le reste, lorsque ce n'est plus une question d'amitié, ça veut dire que ça fonctionne. La seule autre personne avec qui j'ai été qui m'a fait cet effet c'est Alexis. C'est dire s'ils sont peu, seulement deux. J'étais con avec Alexis : je riais aussi tellement. C'était bien révélateur de ce que je ressentais : j'aurais décroché la lune pour lui. Les choses se sont mal goupillées, je me suis très mal fait comprendre à l'époque, il a rencontré quelqu'un et je l'ai perdu. Je n'ai pas eu le temps de lui dire que j'envisageais de déménager à Paris, que j'envisageais de tout plaquer et continuer mes études là bas. Au final, ça aurait même été bénéfique pour moi vu le domaine de mes études. J'envisageais réellement de partir le rejoindre parce que je savais qu'il ne tiendrai pas longtemps la distance et qu'il se sentait seul là bas. Je savais qu'un jour ou l'autre, si cette situation de distance trainait, quelqu'un d'autre arriverait et ils me balaieraient tous les deux.

Mais c'était révélateur. Il y a peu de gens pour qui on est prêt à faire ce genre de choses, tout laisser : ses habitudes de vie, ses repères ancrés ; pour partir vers l'inconnu pour une seule personne parce qu'on considère qu'elle en vaut largement la peine. Ce que je veux dire par là, c'est que visiblement je ne suis pas cette personne pour toi. Visiblement tu le crois depuis très longtemps et moi aussi j'y ai cru. Mais force est de constater qu'on s'est trompé, que malgré toute la force qu'on met à le penser, et bien c'est faux. Je ne suis pas cette personne pour toi. Je ne suis pas une personne pour qui tu as envie de prendre des risques, pour qui tu as envie de te lancer que ça fonctionne ou pas. Ce n'est pas grave, tu sais. Rien n'est grave là dedans. Mais c'est important de le constater, d'en prendre conscience, et de le stopper.

Il faut le stopper parce que ça n’aboutira jamais à rien de concret. Tu sais, c'était chouette ces dix dernières années. Je ne sais pas si qui que ce soit d'extérieur peut comprendre ça. Mais, on a passé dix années à s'aimer, et se désaimer aussitôt qu'on était avec quelqu'un sérieusement. C'est étrange vu de l'extérieur mais c'était vraiment ça. Tu ne m'aimais pas quand tu étais avec Roxanne et Amandine. Je ne t'aimais pas non plus quand j'étais avec Alexis. Mais dès que l'on se retrouvait célibataire l'un et l'autre en même temps, on retentait forcément quelque chose, on retombait l'un dans les bras de l'autre naturellement. Comme si rien n'était vraiment terminé, en fait.

Avant que je vienne à Nancy, tu m'as dis ceci :  « La chose qui me fait peur, si tu viens, c'est que ça mette un terme à tout. J'ai peur qu'on attende ça depuis tellement longtemps, qu'une fois fait ça y mette un terme, en fait. Comme si on attendait ça depuis tellement longtemps, comme si on l'idéalisait tellement depuis des années, qu'une fois fait, en fait, on se rende compte que ça ne reposait plus que là dessus ». Et, finalement, une fois que j'étais là, tu m'en as reparlé, et tu m'as dis « Finalement, ça confirme ces dix dernières années, c'est juste génial ». Mais ça y a quand même mit un terme, d'une autre façon. Et si tu savais comme j'ai peur de te balancer tout ça. Je sais que tu penses la même chose et que tu n'oses pas non plus me le dire. Parce que, que c'est difficile de mettre un terme à tout ça. Que c'est difficile de se quitter, de tourner la page de ces dix dernières années. Que c'est difficile de dire stop. Tu imagines ? On se le dit, et pouf, c'est fini, voilà. C'est aussi simple et rapide que ça. On vit dix ans tourmentés ensemble, à se chercher, se perdre, se trouver, le tout bien mélangé, et puis un jour, on y met fin. Que c'est angoissant. Tu as la trouille de te lancer et j'ai la trouille de te dire que c'est terminé parce que tu as la trouille de te lancer. C'est quand même con, quand on y pense. 

Jeudi 14 avril 2016 à 14:05

AF - Et du coup, en sachant que pour l'instant les deux pourraient vouloir être avec toi. Tu préférerais lequel ?
AK - M., je préfère M.
AF - Pourquoi ?
AK - Parce que PY ne se bougera jamais. PY ne s'est jamais bougé en dix ans. Parce qu'en dix ans je lui ai proposé plusieurs fois qu'on se lance, il a toujours trouvé une manière de décliner parce qu'on était trop jeunes donc on avait pas assez d'argent et de liberté pour palier à la distance géographique.
AF - Oui, logique, mais là vous pouvez. Là vous êtes des adultes, avec le permis, avec de l'argent pour vous déplacer et vous voir souvent. 
AK - Oui, mais je ne pense pas que ça sera suffisant pour lui. 
AF - Mais, vous vous êtes revu y'a deux semaines, je croyais qu'il avait passé un séjour merveilleux avec toi ? Il en a dit quoi exactement ?
AK - Qu'il s'était demandé si ça allait bien se passer, logique. Et que c'était mieux que prévu. Qu'il avait passé une semaine merveilleuse, à rire, à kiffer la vie, qu'il avait jamais été aussi niais avec quelqu'un, qu'il s'en fichait d'être niais d'ailleurs. 
AF - Alors, il ne veut quand même pas être avec toi alors qu'il sait qu'il t'aimes depuis des années ?
AK - Ah oui, ça il le sait. On le sait. Tout le monde le sait. Mais, en fait, je commence à comprendre que... c'est un lâche. Je ne dis pas ça négativement. C'est pas grave, on a le droit d'être lâche des fois. C'est un droit, un noble droit. Il sait que s'il se lance avec la femme qu'il aime, il risque de souffrir, logique.
AF - Alors il ne se lance pas. Pour ne pas souffrir.
AK - Exactement. Il ne se lance pas. Même si intérieurement ça doit être une bataille sans fin de faire ça depuis dix ans.
AF - Alors, M. c'est mieux.
AK - Oui, c'est bien mieux. Tu sais, c'est l'homme le plus doux que je connaisse. Il est d'une gentillesse avec tous ceux qu'ils croisent, même s'il ne les connait pas. Il n'est pas pour autant faible, à aimer tout le monde, à être conciliant avec tout le monde et à se faire marcher dessus. Il sait reconnaître ceux qui n'en valent pas la peine. Il ne se fatiguera pas à donner de sa personne pour de mauvais individus. Mais il est foncièrement adorable. 
AF - C'est ce que j'ai cru comprendre oui. Ca a l'air d'être un mec bien. Il te fais rire en plus.
AK - Ah ça oui. Il a un humour dévastateur, qui te fais te rouler par terre en deux minutes. Et il est fiable. Honnêtement, je ne m'y attendais pas d'ailleurs.
AF - A ce qu'il soit fiable ?
AK - Ah bah oui. Tu sais, à la base on est le premier amour l'un de l'autre. C'est tout mignon, vu comme ça. Mais ça a duré longtemps cette histoire. On est sorti ensemble quand on avait douze ans. Ensuite on ne s'est pas parlé pendant plusieurs années. On est ressorti ensemble vers nos quinze ou seize ans. Et bêtement je l'ai quitté. On ne s'est pas vu pendant une année ou deux et on s'est revu comme des plans culs pendant un mois ou deux lorsqu'on avait 18 ans. Je m'étais rendu compte de la bêtise que j'avais faite à ce moment là. Je regrettais tellement de l'avoir quitté. Je lui ai dis, et ça a mit un terme à tout. Il a coupé les ponts parce que la situation était hyper gênante.
AF - Il ne voulait pas se remettre avec toi ?
AK - Ah non, pas du tout. Je lui avais brisé le coeur à l'époque en le quittant. Il était passé à autre chose, en plus une autre fille venait de lui briser le coeur aussi. Alors il me l'a dit, qu'il ne voulait pas. Et on ne s'est plus jamais reparlé, ni revu. Alors, là, imagine, on se revoit, après des années de silences. On a vingt-quatre ans. On passe une soirée et une nuit à rire aux éclats en se racontant nos dernières années, en se remémorant nos années ensemble au collège et au lycée, nos années à manifester ensemble sous les bombes lacrymogènes et les slogans haineux envers le gouvernement, nos années à faire un tas de conneries. Tout ça fini dans son pieu à sept heures du matin. Et puis il t'avoue qu'il t'as trouvé très jolie quand il t'as revu, et que c'est amusant que des années après on s'attire encore. Et il dort tout contre toi. Certes, c'est tout mignon sur le papier. Mais, au réveil, tu te dis quoi ? Tu te dis que toi t'as passé une soirée et une nuit extraordinaire, que c'était juste magique, gna gna gna, mais que bon, redescend vite sur terre ma fille: lui, demain, il t'as oublié. C'était chouette une nuit, et hasta la vista, tu peux rêver pour avoir des nouvelles ou que ça déclenche la moindre petite chose.
AF - Et finalement ? T'avais raison ?
AK - Pas du tout ! C'est bien ça qui est heureux. Le soir même il me contactait pour me dire à quel point la soirée et la nuit était un bol d'air frais, à quel point c'était bien, putain. Et, depuis, il me recontacte souvent pour prendre des nouvelles, il est même très mignon dans ses dires.
AF - Et là, il en dit quoi que tu sois malade ? Il est au courant ?
AK - Oui, je ne voulais pas lui dire, mais les circonstances on fait que j'ai du. Il en dit qu'il est très inquiet, agacé d'être loin et impuissant, et extrêmement heureux qu'on se voit en mai.
AF - C'est génial ça. T'as bien fais de le choisir plutôt que l'autre.
AK - Oui, j'ai bien fais. Rien n'est fait. Mais, c'est chouette. 
AF - Et l'autre ?
AK - L'autre m'a dit il y a deux jours qu'il avait rencontré quelqu'un, et que ça se passe bien.
AF - Le salaud !
AK - Oui et non. Oui car il sait que ces dix dernières années on a attendu d'être réuni un peu mieux que les dernières fois qu'on s'est vu, que notre semaine à travailler ensemble, vivre ensemble, coucher ensemble, se comporter aux yeux de tous comme si nous étions ensemble, ça allait signifier quelque chose. Il le savait, mais il savait aussi que ça ne changerait rien au final. Il le savait et n'a rien dit. Je peux lui en vouloir pour ça, mais pas d'être heureux. Mais, maintenant, il faut qu'il arrête d'entretenir la chose, pour rien. Il faut qu'il lâche prise, et moi aussi. Il faut qu'on se laisse. Il faut qu'il me laisse.

Samedi 2 avril 2016 à 0:09

 "- Bonjour mademoiselle, c'est moi qui ai analysé votre radio du thorax. Vous veniez pour rechercher quelque chose en particulier ?
- Bonjour, oui, j'avais ces symptômes, mon docteur m'a alors prescrit une radio du thorax en plus de certains examens sanguins car elle pense à plusieurs maladies. La radio du thorax c'est vraiment au cas où j'avais cette maladie en particulier aux poumons.
- D'accord... Donc, aux vues de vos deux radios du thorax, vous l'avez. Elle est... La maladie clairement visible.
- Pardon ? Où ? Où ça ?
- Et bien vous voyez ces tâches ici et ici. C'est la maladie. Je vais vous faire un courrier pour un scanner. Il faut voir un pneumologue, regarder si les autres organes sont atteint ou non, comme le coeur, les reins, le foie..."


"Quoi ? Et ça se soigne ton truc ?"

"Je suis... abasourdi" 

"Oh merde"

"Euh, mais comment ça t'es malade ? C'est pas grave hein ?"

"Aux poumons ? Mais attends t'as 24 ans"

"C'est pour ça que t'es complètement séchée depuis un mois ?"

"Putain, je suis désolé."

"Je suis pantois. Je croise les doigts à m'en faire mal aux phalanges"


Trou noir

Vendredi 25 mars 2016 à 0:10

J'étais là, dans tes draps parisiens, vers trois heures du matin. Pas depuis six ans. 

On a bu une bière, marché dans tout Belleville, jusqu'à Charonne, jusqu'à Gare de Lyon, puis jusqu'à Charonne de nouveau, puis jusqu'à chez toi.
Il ne devait rien se passer. On parlait. On riait tellement.

M - Raconte moi notre adolescence. Je ne m'en souviens pas.
A - Il y a un tas de choses. Toute notre adolescence ?
M - Oui, toute notre adolescence. On s'est aimé non ?
A - Oui. Pour la première fois quand on avait douze ans. 
M - Comment on s'est rencontré ? En Italie lors d'un voyage scolaire, c'est tout ce que je sais.
A - Oui, tu m'as demandé un chewing gum et un efferalgan. Je n'avais que des effervescent, mais pas d'eau. 
M - Je l'ai pris sans eau ?
A - Tu l'as pris sans eau. C'était dégueulasse. Mais très amusant.
M - Ahah, et ensuite ? Raconte moi, raconte moi !
A - Ensuite on est devenu ami, on a beaucoup ri pendant le voyage. Toi et tes amis aviez fait un millions de conneries dans l'hôtel. 
M - Moi aussi ? Qu'est-ce que j'ai fais ? On avait que douze ans !
A - Les autres avaient cassé leur porte d'entrée, fais des trous dans les murs... Toi ? Toi tu as toqué à ma porte un soir, la porte de ta cabine de douche sous le bras, en m'expliquant que tu manquais de place dans cette dernière, et que tu l'avais donc démonté.
M - Mais, non !? J'ai fais ça ? Quoi d'autre, dis m'en plus ! C'est tellement génial !
A - Tu avais le bras plâtré. Et tu t'étais cogné violemment contre un poteau et tombé par terre. Ton plâtre était tout mou à la fin du séjour.
M - Je me suis pris un poteau ? Sans déconner, comment j'ai fais ?
A - Tu me parlais. Tu l'as pas vu arriver.

---

M - Et on est sorti ensemble quand ?
A - En revenant d'Italie. Pendant un mois peut être.
M - Et ça s'est fini comment ? 
A - On avait douze ans. Tu m'as lâchement quitté sur MSN.
M - Ahahah j'étais un connard ! Je suis désolé. Et ensuite ? On est resté ami ?
A - Oui et non. On ne pouvait pas se parler en public parce que nos deux camps étaient adverses. On se parlait de temps en temps sur MSN. Mais pas à l'école. Sauf le dernier jour du collège. On a fait une énorme bataille de pâte à crêpe dans les vestiaires du gymnase.
M - Je n'ai pas pu participer à ça, quand même ?
A - Si, nous nous sommes reparlé car je t'ai aidé pendant plusieurs heures à enlever la pâte à crêpe séchée que tu avais dans les cheveux.
M - Ahahah on était cons quand même..
A - C'était tellement amusant ce jour là. Il y a avait dix centimètres de pâte à crêpes par terre. C'était aussi dégueulasse que drôle.
M - Et ensuite ? Ensuite ? Ensuite on s'est revu non ?
A - Oui on s'est revu. Quand j'étais en seconde au lycée J.R et toi en première au lycée S.E. Tu m'as emmené à une soirée dans une espèce de petite grotte dans une forêt. 
M - La grotte ! Mais oui ! Je m'en souviens maintenant ! 
A - Et ce soir là, tu m'as embrassé. C'était amusant parce que je ne crois pas qu'on l'ai déjà fait lorsqu'on avait douze ans.
M - Et ça a duré ?
A - Non, au bout d'une semaine ou dix jours tu m'as quitté en me disant que tu ne savais pas si c'était une bonne idée.
M - Oh, merde, je suis vraiment un connard alors. Encore désolé. 
A - Mais tu es revenu ! Dix jours plus tard tu m'as invité à une nouvelle soirée et tu m'as embrassé encore une fois. 
M - Ah ! Et là ça a duré, enfin ?
A - Oui, presque un an. On se voyait une ou deux fois par semaines. On sortait beaucoup, on participait aux manifestations contre les lois. On était hyper engagés politiquement, ensemble.
M - La vache ! Pas mal au lycée. Et, je crois bien que tu es la première fille que j'ai aimé, n'est-ce pas ?
A - Oui. Je t'ai dis que je t'aimais, un jour. Tu m'as répondu que tu préférais attendre parce que tu n'avais jamais aimé qui que ce soit; tu voulais être sûr. Et un jour, tu me l'as dis. Tu voulais m'emmener en vacances en Normandie.
M - Et ? Et ?
A - Et c'est moi qui t'ai quitté quelques jours/semaines après. 
M - Ahahah alors toi aussi tu n'as pas été gentille !
A - Ca c'est clair. Tu venais de dire pour la première fois à une fille que tu l'aimais, et elle te quitte comme une vieille chaussette. Moche.
M - On s'est revu après ?
A - Oui, deux ans après. On s'est revu pour faire la Fête des Lumières de Lyon ensemble. Tu avais un appartement à Croix-Rousse en colocation. On a marché longtemps jusqu'à chez toi, en parlant. Puis on a bu quelques bières avec tes amis. Puis je suis rentrée.
M - Lâcheuse !
A - Je suis revenue ! Une semaine plus tard. On a regardé un film avec ta colocataire. Puis tu as fais comme d'habitude, tu avais toujours la même technique pour me draguer.
M - J'avais une technique ? Sérieusement ?
A - Ah oui ! Au bout d'un certain temps tu te débrouillais pour t'asseoir à côté de moi, et tu passais ton bras sur mes épaules. Comme dans les films américains. C'était tellement ridicule.
M - Le nunuche... mais ça marchait !
A - Biensur que ça marchait ! Tu m'as proposé de rester dormir. J'ai accepté.
M - Le loveur de base. 
A - Puis on est allé se coucher. Je suis entrée dans ta chambre que je n'avais pas vu depuis un siècle. Il faisait froid. Tu t'es posté face à moi et tu as tiré mon écharpe vers toi pour me rapprocher. Comme dans les films te dis-je. Tu as déroulé lentement l'écharpe de mon cou, retiré mon gilet, embrassé, dis que tu me trouvais belle, déshabillé. 
M - J'étais un vrai loveur. Et après ?
A - Après on s'est revu un soir, on a mangé dehors, et avant de rentrer tu m'as dis "On est pas ensemble hein ?" d'un air paniqué, qui espère que je réponde "non biensur ne t'inquiète pas". 
M - Oh, pas classe. Et ensuite ? Ensuite on s'est revu ?
A - Ensuite j'ai compris que j'avais fais une énorme erreur en te quittant quelques années plus tôt. 

---

M - Je tiens à te le dire. C'était pas prévu qu'il se passe quoi que ce soit entre nous cette nuit. J'me suis endormi dans tes bras parce que j'me suis souvenu qu'on y était bien. J'allais juste y dormir, je m'endormais d'ailleurs. 
A - Je sais. Je ne t'ai pas repoussé parce que j'me suis souvenu aussi que t'y étais bien. Et qu'il y a des années j'aimais bien quand tu y étais. Je m'endormais aussi.
M - Puis d'un coup c'est parti en couille total, en fait.
A - Oui, d'un coup c'est parti en couille total. On s'est littéralement jeté l'un sur l'autre, quand même, en même temps.
M- C'est ça.
A - C'est ça.
M - Je dois juste t'avouer que, indépendamment, je t'ai trouvé très belle quand tu es arrivée tout à l'heure. Mais je ne pouvais pas te le dire, sur le coup ça aurait été étrange.
A - T'étais beau aussi. 

---

M - C'est amusant. Je ne me souviens pas ou très peu de notre adolescence. Je sais qu'on s'est aimé, fort, longtemps. Mais je ne m'en souviens plus dans le détail. Et après toutes ces années, on s'attire encore. C'est amusant, qu'on s'attire encore, non ?
A - Amusant oui. Tu t'y sens encore bien alors, dans ces bras ?
M - Encore mieux qu'avant. 

--- 

M - Je dois me lever pour faire mon sac, je prends l'avion ce soir. Mais tu peux rester dormir autant de temps que tu veux. L'appartement est à toi. Tu n'as qu'à claquer la porte en partant si tu pars après moi, ou bien...
A - Hmmm... 
M - Ou bien, sache que je vais prendre une douche. Et que tu es la bienvenue. Il est cependant bon à savoir que je ne sais pas si je pourrais te résister. Voilà, je pose ça là comme ça.
A - J'enfile un t-shirt au cas où je croise ton colocataire dans le couloir et j'arrive.

---

M - T'as faim ? On va chercher une pizza en bas et on la mange devant une série ?
A - Tu me fous pas lâchement dehors au réveil ?
M - Je mange plus de viande. On fait une mi-viande-mi-vegetarien ?
A - Bonjour, on voudrait une pizza mi quatre fromages mi tartiflette s'il vous plais. 

---

A - C'était vraiment une bonne soirée et une bonne nuit. Je suis très contente de t'avoir revu. Je serais bien restée encore cette nuit.
M - Je n'aurais pas su mieux dire. C'est vrai que c'était un peu trop court. Profite bien de ton séjour ici.

--- 

A - Je vais surement revenir dans les parages en Avril.
M - Oh dommage ! Enfin, c'est super ! Mais dommage pour moi que je n'y sois pas.
A - Quelles sont tes dates d'absence ?
M - Du 10 avril au 1er mai.
A - J'ai posé mes vacances à partir du 8 avril.
M - Si tu es là avant le 10 et que tu as envie de me faire signe, alors n'hésites pas. 
A - De toutes façons je suis sur et certaine que j'ai encore beaucoup de choses à découvrir sur Belleville ou un autre quartier. Ca serait du gâchis de rater le guide à deux jours prêt.

<< Page précédente | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | Page suivante >>

Créer un podcast